Voyages

"Comme tout ce qui compte dans la vie, un beau voyage est une œuvre d'art" (André Suarès)

Le voyage a nourri mon imaginaire, ma créativité, c'est une vraie richesse (Thierry Marx)

2021

2020

Menton - John Lemon : Covid-19 m'a tuer

Débarquer à Menton en fin d'après-midi pour assister à cette fête des Citrons 2020, qui promettait d'être la plus somptueuse depuis sa création, et apprendre que toutes les manifestations sont annulées pour cause de coronavirus, c'est rageant. Pas seulement pour les visiteurs, mais également pour toute l'équipe municipale qui depuis des mois travaillait sans relâche pour célébrer son agrume fétiche. Adieu corsos (diurne et nocturne), jardins de lumière, feux d'artifice, salon de l'Artisanat et festival des Orchidées.


A l'origine de ces festivités : la direction du Riviera Palace qui proposa en 1928 d'exposer fleurs, citrons, oranges, bergamotes, cédrats, bigarades (oranges amères) et autres clémentines, qui poussent à foison dans la région. L'enthousiasme fut tel que l'idée fut reprise tous les ans par la suite, s'enrichissant de nouvelles créations.

Chaque année, un nouveau thème est décidé par la municipalité. En 2020 : les fêtes du monde. En tout, treize constructions géantes consacrées aux masques, à la fête des Lanternes (Chine), de l'Eau (Asie), de la Kumari (Népal), de Pachamama (Argentine), du 14-Juillet (France), du Darwin Festival (Australie), du carnaval de Notting Hill (Angleterre), des Morts (Mexique), de l'Oktoberfest (Allemagne), du carnaval de Venise (Italie), de la Saint-Patrick (Irlande) et du Carnaval de Rio (Brésil), tout en citrons, oranges et mandarines, exposées dans les Jardins Biovès. Une débauche de couleurs soleil !

On peut enrager devant cette annulation soudaine. Mais bon, pas non plus de quoi se couvrir la tête de cendres ! Parce que Menton est une ville charmante, qui recèle quelques trésors dans sa manche : une large baie-promenade se déployant autour d'une Méditerranée qui passe du gris à l'indigo selon les caprices du ciel; des ruelles qui montent et descendent, serpentant autour d'anciennes maisons dont les façades se parent de toutes les nuances d'ocres de la région, ce qui lui confère un petit air de Toscane; les halles qui dès le matin proposent aux chalands une profusion de fruits et légumes; les édifices religieux (basilique Saint-Michel, chapelle des Pénitents blancs, église du Sacré-Cœur); et l'hôtel de Ville, dont la salle des Mariages s'enorgueillit de fresques conçues par Cocteau lui-même. Sans oublier les artistes de rue comme Eliseo, sud-américain original et talentueux, qui transforme en quelques minutes les projections informes de ses bombes de couleurs sur la toile en paysages délicats.


Il serait également vraiment dommage de passer sous silence l'aspect gastronomique de la ville : les raviolis aux citrons de Menton, à la truffe noire ou aux amandes créés par Luisa Inversi à la Pasta Piemonte (une tuerie !); le limoncello, l'huile et le vinaigre au citron de Menton tout comme la moutarde douce au miel et citron d'Au Pays du citron; ou les restaurants Bistrot de la Mairie et Martin et Fils aux délicieuses spécialités mentonnaises et niçoises.

Bien sûr, at last but not least, les confitures Herbin qui s'octroient régulièrement une moisson de médailles plus que méritées au Salon de l'Agriculture (cette année : or pour la mandarine, argent pour le citron vert et la griotte, bronze pour le kumquat). Cette fabrique artisanale, qui existe depuis 1974, s'est vue attribuée le prestigieux label EPV (Entreprise du Patrimoine vivant) comme artisan confiseur, récompense accordée à seulement 1200 artisans en France et reconductible tous les cinq ans (pour ne pas s'endormir sur ses lauriers). Tous les agrumes de cette petite entreprise viennent de Menton et poussent sans traitement, ce qui permet d'utiliser aussi bien la pulpe et le jus que la peau. Du lavage des fruits à la mise en pot, en passant par l'épépinage, le sucrage et la cuisson, tout est fait à la main. Plus de deux cents saveurs de confitures à portée de papilles, mais aussi des liqueurs, du miel, des fruits confits, des confiseries. Une vraie caverne d'Ali Baba où l'on peut assister à la fabrication des produits et les déguster avant d'acheter. Trop bien !


On l'aura compris : même si la mascotte John Lemon s'est sentie agressée par une décision sanitaire brutale qui a privé ses hôtes d'une très belle manifestation, nul n'a regretté son séjour.

A l'année prochaine !

- Office du Tourisme : Palais de L'Europe, 8 av Boyer, 06500 Menton (04 92 41 76 76)

- Pasta Piemonte : 34, rue Partouneaux, 06500 Menton (04 93 57 26 21)

- Au Pays du Citron : 22, rue Saint-Michel, 06500 Menton (04 92 09 22 85)

- Maison Herbin : 2, rue Palmaro, 06500 Menton (04 93 57 20 29)

- Maison Martin et Fils : 7, rue des Marins, 06500 Menton (04 93 35 74 67)

- Bistrot de la Mairie : place de la Mairie, 06500 Menton (04 93 17 54 54)

2019

Festival des Lanternes à Gaillac


Depuis trois ans, la Chine s'invite à Gaillac (dans le Tarn) pour le Festival des Lanternes, produit par la ville de Zigong (Sichuan). Les joyaux de la culture traditionnelle chinoise de la dynastie Tang s'offrent à la curiosité des très nombreux visiteurs qui arpentent, dès la nuit tombée, les trois hectares du château de Foucaud. Jusqu'au 31 janvier, une féérie de couleurs enchante petits et grands. Tous s'émerveillent devant les quelques 500 flamboyantes et grandioses sculptures lumineuses illustrant les légendes chinoises aux animaux fantastiques, tel l'immense dragon de 80 mètres de long ou le gigantesque Bouddha.

Pas moins de quarante artisans et autant de jours de travail ont été nécessaires pour mettre sur pied ce déploiement de statues composées d'assiettes de porcelaine recouvertes de soie peinte à la main. Il a fallu le labeur acharné de toute une équipe de soudeurs, d'électriciens, de menuisiers, de peintres et de couturières pour donner naissance à une ville de lumière, grandiose et éphémère.

Époustouflant !

Parc du château de Foucaud, jusqu'au 31 janvier 2020


Gloire à la Dive Bouteille

Mais la ville de Gaillac ne se transforme pas en Belle-au-Bois-dormant sitôt les lumières éteintes. Son vignoble, l'un des plus anciens de la Gaule, produit d'excellents crus comme la Côte-Rotie, l'Hermitage, et le Gaillacois, que l'on doit à la persévérance de ses vignerons, engagés dans une constante recherche de qualité. Leurs efforts ont été récompensés par la mention "vendanges tardives" accordée en 2011 au Gaillac liquoreux, par le très sélect INAO.

La Maison des vins, sise sur le site de l'abbaye Saint-Michel,organise régulièrement des dégustations de blancs, rouges ou rosés : une large palette d'excellents vins. Une équipe de professionnels très accueillante prodigue à tous les amateurs des conseils avisés et, tout en leur faisant goûter le large éventail de la production gaillacoise, les renseigne sur les différents terroirs.

Maison des Vins : Abbaye Saint-Michel (05 63 57 15 40)    - www.vins-gaillac.com


Pour tous renseignements :

Office de Tourisme de Gaillac, Place de la Libération, 81600 Gaillac (Tél : 0805 400 828)

Annecy : un somptueux carnaval... de Venise

Depuis 1996, la Venise des Alpes accueille durant tout un week-end les costumes flamboyants qui ont hanté la Sérénissime quelques semaines auparavant. Du 6 au 8 mars 2020 déambuleront librement, le long des canaux, des rues et sur les berges du lac d'Annecy-le-Vieux, une variété infinie de personnages sortis tout droit des siècles passés ou de l'imagination fertile de ceux qui ont créé leur propre déguisement.

On croirait évoluer dans un tableau de Tiepolo ou de Guardi. Seuls, en couple ou en famille ces êtres irréels d'une époustouflante beauté, dissimulés derrière leur loup ou leur bauta, s'offrent avec grâce et patience à la curiosité bon enfant des promeneurs. Une féérie que les badauds contemplent, émerveillés, appareils photos brandis pour fixer du rêve sur pellicule ou pour des séances de selfies qui s'ancreront à jamais dans leurs souvenirs. Un festival multicolore et gai qui annonce, au mitan de l'hiver glacé, un printemps qui tarde pourtant à venir. Ces festivités se terminent par un défilé de travestis : sur le podium dressé dans les jardins de l'Europe si le temps le permet, ou au centre culturel Bonlieu si la météo n'est guère clémente.

Mais le carnaval n'est pas, loin s'en faut, le seul atout de cette ville charmante construite au XIe siècle. L'entrelacs de ruelles pavées débouchant sur un canal tranquille, le Palais de l'Île qui semble fendre de son étrave les eaux calmes du Thiou, la cathédrale Saint-Pierre dont l'orgue du XIXe siècle est classé aux monuments historiques, les nombreuses bâtisses et églises vestiges des siècles passés, les façades colorées des maisons comme autant de prémices de la Toscane toute proche offrent autant d'occasions de musarder tranquillement avant de se régaler d'un bon vin chaud.

La gastronomie n'est pas en reste. Outre les nombreux restaurants où l'on peut se régaler d'une raclette d'anthologie, ne pas quitter la ville sans avoir fait une halte au salon de thé la Rose des Neiges, où boire un subtil thé blanc assorti de l'une de ses délicieuses pâtisseries est le début de la damnation. Sans oublier une visite obligée chez Pierre Gay, fromager affineur connu dans toute l'Europe, qui voit défiler dans son petit magasin tous les fins gourmets de passage (et les habitués). Et, surtout LA spécialité de la ville : les Roseaux du Lac, petites bûchettes chocolatées fourrées au sucre et à différents parfums de liqueur, que le chocolatier Christophe Arechavala a mis au goût du jour dans sa boutique-salon de thé éponyme.

Cela ne fait plus aucun doute : Annecy est une ville où il fait bon revenir souvent.

Renseignements

Office du tourisme : 1, rue Jean-Jaurès, 74000 ANNECY - 04 50 45 00 33 - www.lac-annecy.com

AUTOMNE GOURMAND DANS LA PROVINCE D'ASTI (ITALIE)


LE NECTAR DES DIEUX

Attention danger : s'autoriser une tournée des caves piémontaises est une activité à haut risque.Trop de bonheur peut nuire gravement à la santé. Car pour ce qui est du sang de Bacchus, la région n'a rien à envier à nos terroirs de France. La plupart des crus se flattent d'être bios et respectent en cela un cahier des charges très rigoureux, répondant aux normes européennes : pas d'utilisation de produits chimiques, pas de produits de synthèse et raisin cueilli à la main. Des contrôles sévères ont lieu régulièrement.

L'une des meilleures adresses est l'exploitation vinicole de la famille Rovero, à San Marzanotto. Première ferme de ce type dans la région d'Asti, elle propose également des chambres d'hôtes, ce qui relève de la plus élémentaire prudence : entre le Barbera, le Vigna del Mandorlo, le brachetto (vin doux), le Moscato (doux mousseux) et combien d'autres, sans oublier toutes sortes de grappa (eaux de vies) plus tentantes les unes que les autres, il est déjà difficile de regagner la sortie. Alors sa voiture... D'autant qu'une somptueuse dégustation de charcuteries et de fromages accompagne ces libations. On a bradé son âme pour moins que ça.

Il Milin : Fraz. San Marzanotto, Strada Valdonata 218, 14100 ASTI (00 31 0141 592 460 - www.agriturismoilmilin.it - info@rovero.it)


UN ÉTÉ A LA FERME

A Cova de Roccaverano, Béatrice et Marco jouent à fond la carte du bio dans leur élevage de chèvres. Les mignonnes sont bichonnées au blé et au tournesol, quand elles ne paissent pas directement sur leur pâturage, et sont soignées, quand c'est nécessaire, à l'homéopathie et phytothérapie. Leur litière : que de la luzerne. En début et en fin de saison, la traite se fait à la main. Entre les deux, la machine prend le relais mais elles ne perdent pas au change car elles ont droit après ce traitement  "brutal" à un massage des pis. Pas ingrates, elles fournissent un lait de qualité qui produisent trois fromages à se damner : le Falo (du nom du feu de la saint Jean) au piment, le carboncino et le Robiola di Roccaverano. Les propriétaires ont gagné le premier prix aux foires de Roccaverano et Vesime. Ce n'est que justice.

Béatrice et Marco possèdent également deux ânes qui, lorsqu'ils ne sont pas utilisés au travail de la terre, servent de montures aux visiteurs pour une excursion d'un jour ou deux dans la région, avec reconstitution historique racontant l'histoire et les traditions du lieu. Un fromage est offert pour la randonnée.

La Masca : Regione Cova 12, 14050 Roccaverano (00 39 01 44 933 13 - www.lamasca.it   lamasca@lamasca.it)


LA TRUFFE : NOUVEL OR BLANC ET NOIR

Si l'on veut passer un moment délicieux à tout savoir sur le monde mystérieux de la truffe, il est impératif de se rendre à Costigliole d'Asti, chez Giorgio et Natale, viticulteurs, mais aussi rabassiers (ramasseurs de truffes) depuis cinq générations : « C'est une passion, pas vraiment un métier ». Connue depuis l'Antiquité et dotée de vertus aphrodisiaques, la truffe fut au Moyen-âge condamnée par l'Eglise qui voyait en elle le fruit du diable. Quand arrive la saison (de mai à septembre pour la truffe noire d'été, mi-octobre pour la truffe blanche), une seule personne peut récolter jusqu'à cinq kilos de truffes.

La truffe blanche est essentiellement piémontaise. Comme le vin, chacune a son parfum, qui lui vient de la terre : miel et ail ou épice et terre humide de la rosée du matin. Elle change de goût, de couleur, de forme et d'odeur, en fonction de l'arbre avec lequel elle vit en symbiose : peuplier, chêne, tilleul et, très rarement, le saule. Les connaisseurs affirment que la meilleure pousse au pied du chêne. On trouve la noire au pied des noisetiers.

On part à la chasse à la truffe comme on s'adonnerait à la contrebande de produits prohibés : en silence et la nuit. Non pas en raison de conditions météorologiques plus favorables à ce moment-là, mais parce que chacun possède ses caches secrètes que personne ne doit repérer. Indispensables à la découverte de ce trésor : les chiens truffiers (essentiellement des pointeurs ou des braques allemands et français) dressés tout petits. Une licence de rabassier est indispensable pour intégrer la congrégation.

Tous les dimanches d'octobre, de 5 h à 8 h du matin se déroule dans la ville d'Alba la foire à la truffe, devenue internationale en 2007. Les transactions commerciales se passent dans les bistrots. Alors que la truffe noire se négocie à 50 € les 100 g, la truffe blanche grimpe jusqu'à 400 € les 100 grammes. Les tractations prennent des allures de conspiration : entre le vendeur et son client se met en place, dans le plus grand secret, un ballet silencieux, chacun faisant mine d'ignorer l'autre tout en débattant du prix dans un langage codé. Le marché conclu, l'acheteur ira revendre sa cargaison aux restaurateurs. Chaque année, la ville d'Alba offre l'un des plus gros spécimens de sa récolte à un important personnage étranger, coutume qui lui a valu d'être imposée comme la capitale de la truffe.

Partager la truffe est un moment convivial. On la savoure en bonne compagnie, râpée en fine lamelles au-dessus de fromages de chèvre qu'un bon vin du terroir accompagne. Il faut la couper avec un couteau à lame pour ne pas lui ôter son goût. La truffe blanche ne doit jamais être cuite, mais toujours consommée en lamelles. Elle donne de la noblesse aux hors d'œuvres (pâtes fraîches plates à l'œuf), au rizotto, aux gnocchi, à la viande de veau coupée en petits morceaux avec du citron et du poivre et aux œufs.

Pour ceux que cela intéresse, des expéditions sont organisées pour les touristes. La chasse à la truffe est interdite du 30 août au 15 septembre. L'ouverture officielle commence entre le 15 et la fin septembre jusqu'en décembre. Il est plus prudent de réserver à l'avance : les rabassiers connaissent la période propice (pas forcément la même tous les ans). Une dégustation couronnera vos efforts.

Inscription possible et demande de tarifs à :

La Casa del Trifulau : Frazione Burio,1 Costigliole d'Asti  (3472991832 - 3397822021 - 0141966568 - tuber.pico@virgilio.it)