Voyages

"Comme tout ce qui compte dans la vie, un beau voyage est une œuvre d'art" (André Suarès)

Le voyage a nourri mon imaginaire, ma créativité, c'est une vraie richesse (Thierry Marx)

2026

Quelque part en Puisaye


Des mains agiles pleines de terre qui font danser l'argile sur des tours à la valse incessante : pas de doute, l'on est bien à La Puisaye, l'un des fiefs de la poterie artisanale française. Ces humbles artisans au talent éclatant parlent volontiers et avec ferveur de leur processus de création si délicat. Épigones de Dieu qui créa le premier homme d'un morceau de glaise ? A coup sûr, les potiers sont la fine fleur de toute création artistique, leurs œuvres étant d'autant plus précieuses qu'elles sont éphémères et fragiles, mais si belles qu'elles illuminent tous les centres d'exposition alentour.


Saint-Amand-en-Puisaye se distingue comme étant le domaine privilégié de la céramique régionale. Et n'allez surtout pas dire à Monsieur le Maire que sa commune est un "petit bourg", cet homme placide et courtois pourrait perdre un peu de son calme. Certes sa municipalité se résume à la rue principale judicieusement appelée Grande rue, d'où partent quelques efflorescences de ruelles qui vont se perdre dans une nature florissante en cette mi-printemps. Le vert y est partout et en apothéose dans le très grand parc du château où il fait bon musarder et rêver sur quelques bancs judicieusement posés çà et là. Mais sous cette apparente tranquillité, la fébrilité créatrice des potiers bat son plein.

Une flèche rousse sur fond vert qui pile à quelques centimètres d'un arbre, écureuil dubitatif qui se demande s'il va en attaquer l'ascension, des lézards prenant un bain de soleil sur la terrasse avant de se faufiler, véloces, dans quelques anfractuosités salvatrices, des hirondelles trissant haut dans un ciel pur dont seules quelques imprudentes traînées blanches s'amusent à braver le bleu profond, divers oiseaux invisibles qui piaillent à tue-tête et qu'un feuillage touffu abrite des regards indiscrets et d'éventuels prédateurs… tel est le cadre bucolique de la Maison amandinoise, charmante maison d'hôtes où déguster la cramaillote, délicieuse confiture de pissenlits (mieux vaut les manger sous cette forme).

La Petite maison amandinose : 18-20 Grande Rue, 58310 Saint-Amand-en-Puisaye


Chemin faisant, l'on a vite fait de croiser une petite maison en tout point semblable à celle de la sorcière d'Hansel et Gretel des contes illustrés de notre enfance et la dame qui l'occupe, qui ne parle pas beaucoup, pourrait ne pas démentir cette première impression. L'on aurait tort pourtant de rester sur cette première impression, parce que l'hôtesse des lieux, économe en paroles, est une très gentille fée de la gastronomie. A la bien nommée Magie des sens, elle mitonne des mets raffinés au goût subtil, qui enchantent les papilles de l'entrée au dessert, servis dans un jardin intérieur qui pousse comme il veut et sert d'abri aux réalisations de sa propriétaire.

La Magie des sens : Faubourg des Poteries, 58310 Saint-Amand-en-Puisaye

Puisqu'on est dans la région ce serait vraiment dommage de ne pas pousser jusqu'à Saint-Sauveur, lieu de naissance de Colette, et plonger en immersion dans le musée qui lui est consacré. Une visite originale, guidée par la voix de la célèbre écrivaine dont les nombreux écrits servent d fil conducteur. Un sacré tempérament la demoiselle, et un caractère bien trempé, l'indépendance et l'audace chevillées au corps, née au fin fond d'un village, en 1873 de surcroît. Elle à tout fait, tout essayé au gré de ses envies et de sa curiosité, et dans tous les domaines. Elle en remontrerait à toutes ces féministes de pacotille qui aujourd'hui n'agissent qu'en meute, la haine en bandoulière. Colette n'a eu besoin de personne pour faire voler en éclats le carcan des conventions et interdits de son époque. Une vraie femme libre qui jusqu'au bout a assumé tous ses choix. Respect !

Et pour un moment de détente, un pique-nique dans l'écrin vert naturel de Druye-les-Belles-Fontaines, où chantent ruisseau et cascadelles. Un bain de fraîcheur bienvenu par temps de canicule.


Escapade à... Reims


Deux symboles pourraient constituer le blason moderne de la ville : le christianisme triomphant indissolublement lié à la royauté (la France, fille aînée de l'Église depuis Clovis) et le champagne. Religion et laïcité s'entremêlant comme les deux serpents du caducée. Ça saute aux yeux dès l'arrivée.

A tout seigneur, tout honneur, la très belle cathédrale Notre-Dame, passage obligé des rois de France qui devaient s'y faire sacrer (depuis Clovis, vers 498). Toute la monarchie s'y est collée, sauf… Henri IV, que l'archevêque de la ville n'a jamais considéré comme catholique malgré sa conversion (ce dernier lui en tiendra un chien de ma chienne en déclassant la ville et en nommant Châlons comme siège de la généralité de la Champagne) et Louis-Philippe. Célèbre pour son « ange » au sourire ineffable sur le portail central. Tout le monde s'accorde à le trouver remarquablement gracieux. Sauf une jeune femme qui, ne partageant pas l'unanimité des guides touristiques, l'a trouvé "niais". Ça se défend.

Surprenante curiosité pour un si célèbre lieu de culte : à peine posé un pied à l'intérieur, l'accueil chaleureux des marchands du Temple qui proposent sur plus de cinq mètres toutes sortes de bondieuseries : icônes de saints, chapelets, bijoux, briquets, marque-pages et crayons à l'effigie de l'ange souriant ou de la cathédrale… Il y a plus de 2000 ans, Jésus les en avaient vigoureusement chassés. Ils sont revenus sans complexes. J'en connais un qui doit se retourner dans sa tombe. Je n'ai pas visité tous les lieux saints de France, loin s'en faut, mais c'est la première fois que je vois des liasses de billets changer de mains à l'intérieur d'un lieu consacré en principe tout entier à la dévotion et au recueillement. Une méchante petite idée me taraude : qu'en aurait pensé Léon XIV s'il s'était rendu à Reims plutôt qu'à Metz ? Cela dit, quand on voit toute la richesse et le luxe étalés au Vatican, on ne s'étonne plus guère. On est bien loin du dénuement prêché par le Nazaréen. O tempora, o mores !


Étonnant parcours que celui de Tsuguharu Foujita qui, après une vie de bamboche avec ses camarades de l’École de Paris (Derain, Matisse, Modigliani, Soutine et bien d'autres) et de nombreux voyages notamment en Amérique latine, se convertit au catholicisme (comme Clovis sorti vainqueur de la bataille de Tolbiac), après une "illumination mystique" à la basilique Saint-Remi. Il fait élever alors la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix, de style roman, dont il exécute lui-même les fresques, attribuant la réalisation des vitraux, ferronneries et sculptures aux artistes locaux : scènes de la vie du Christ et de l'Histoire sainte, représentations de Dieu le Père, de la Vierge, des évangélistes, histoire de la vie des saints, s'étalent sur tous les murs, sans aucun vide pictural. Après quelques pérégrinations post-mortem, il y sera définitivement enterré avec sa dernière épouse.


Tout à fait charmante et très calme, la délicieuse église Saint-Nicaise, sise au beau milieu de la cité-jardin du Chemin-Vert, où il fait bon flâner au milieu des arbres, dans une absolue sérénité. Vitraux de Lalique, peintures de Jean Berque, sculptures de Roger de Villiers et Emma Thioller : que du beau monde. Pas le moindre pixel sans une touche de couleur. Une flamboyance où on lit les Évangiles à livre ouvert.

Mais celle qui, à mon avis supplante toutes les autres, est sans conteste la basilique Saint-Remi

Une pure merveille architecturale, qui témoigne de façon plus authentique de la foi indéfectible de la population rémoise au cours des siècles. C'est là que tout a commencé. Construite au XIe siècle et précieux écrin de la Sainte Ampoule et des reliques de saint Remi qui baptisa Clovis, l'intronisant ainsi premier roi de France. Beaucoup plus intimiste que sa grande sœur, elle s'inscrit dans un vrai chemin de spiritualité. 

D'ailleurs les créateurs de contenus événementiels ne s'y trompent pas qui la préfèrent à toute autre pour leur spectacle de son et lumière.



At last but not least : sa majesté champagne. 

Toute l'aristocratie des bulles a pignon sur rue et reste concentrée en ville. Aucun ne manque à l'appel : Ruinart, Pommery, Taittinger, Veuve Clicquot, Thiénot, Demoiselle, Canard Duchêne, Mumm, Lanson, G.H. Martel... Pas moins de onze grandes maisons qui se partagent le pactole d'un terroir crayeux béni des dieux. Et qui n'ont pas attendu l'adoubement d'influenceurs tartignoles pour se forger depuis des lustres une renommée mondiale et se tailler la part du lion dans toutes les cours de France et les palais de quelques happy few. Toute la ville bruisse de conversations en américain, en allemand, en anglais et de bien d'autres langues étrangères, notamment le chinois. L'internationale de la Dive Bouteille ne rate aucun rendez-vous avec ce nectar béni des dieux. Une autre forme de spiritualité créée par les spiritueux, engendrant de grands mouvements de conversions, génération après génération.


Visiter leurs caves tient de la grand-messe, destinée aux seuls privilégiés qui auront eu la bonne idée de réserver longtemps à l'avance (parfois des mois). Une retraite aux flambeaux d'un genre particulier : comme les premiers chrétiens, dans une crypte nichée dans les entrailles de la terre, un guide à l'enthousiasme des convertis récite comme un catéchisme l'élaboration de ce vin pétillant, de la genèse du premier rameau jusqu'à la mise en bouteille finale. Et l'on écoute avec recueillement et respect cette homélie sans en perdre une miette tant elle est passionnante.

Contrairement au vin, pas de millésime inscrit sur les bouteilles et pour cause : le résultat final provient d'un assemblage de plusieurs souches, lentement élaboré jusqu'au résultat final, travail long et précautionneux indispensable pour rester fidèle à une réputation. Quelques bouteilles échappent à cet anonymat, celles dont l'année de récolte a été particulièrement exceptionnelle et que l'on inscrit sur l'étiquette. Inutile de préciser que les prix s'envolent alors.

In fine, pour récompenser l'impétrant et le confirmer dans sa nouvelle foi, une dégustation (comprise dans le prix de la visite, un vrai beau geste) qui lui permet de goûter un ou deux du précieux élixir et le conduira à en acheter quelques caisses. Version séculière du denier du culte.

A noter : certaines caves servent d'écrins à des expositions artistiques. On peut donc sans crainte attribuer le qualificatif d'hédonistes à ces grands bienfaiteurs de l'humanité que sont, à quelque échelon que ce soit, tous les travailleurs du champagne. 

Petite anecdote pour prouver l'importance que la population accorde au divin breuvage : le pare-brise de la cabine frontale de tous les tramways de la ville a été élaboré en forme de flûte à champagne et certains hauts tabourets sur la terrasse de cafés sont en forme de bouchons… de champagne.



Petite curiosité à ne pas manquer : le musée automobile Reims-Champagne. Une belle exposition de voiture, depuis la première torpédo jusqu'aux derniers modèles contemporains les plus élégants. Dès petits bijoux que ces premières réalisations automobiles, d'une beauté et d'une classe folles. Pas une ne ressemblait à l'autre. Nous sommes loin de l'anonymat fade des fabrications en série.

Séjourner : l'hôtel Cecyl, qui eût peut-être son heure de gloire puisqu'il affiche trois étoiles au compteur. L'une d'elle a cessé de briller, la deuxième n'est pas loin de rendre l'âme. La chambre pour célibataire est minuscule, donnant sur une cour intérieure sombre, encombrée de fauteuils en plastique, tuyaux et tubulures en vrac. Son atout ? Il est bien situé et pas trop cher.

Se restaurer : on ne va pas se mentir, la ville ne brille guère par son sens de la gastronomie. On ne saurait être parfait en tout. Oublions les tord-boyaux de la place Drouet d'Erlon et d'ailleurs. Quelques rares adresses tirent leur épingle du jeu, sans atteindre des sommets. Correctes, sans plus : le café du Palais (12-14, place Miron Herrick), la Maison Gloria et l'Excelsior (respectivement aux 92 et 96 place Drouet d'Erlon) et Lexpérience (au 83 de la même place). Sinon, lors d'une de vos visites dans les caves, pensez à réserver dans l'un de leurs restaurants sur place. On peut espérer qu'ils seront à la hauteur de leur production vinicole.

Escapade à... Bourges


Ce qui frappe quand on déambule dans le quartier historique, c'est son côté monochrome : toute une palette de beiges se déclinant du blanc cassé au brun le plus chocolat, avec quelquefois le rouge cinabre des poutres. En contrepoint, le camaïeu de gris des pavés des rues et trottoirs, ces dernier présentant, comme souvent dans les cités médiévales, de sacrées dénivellations, et qui sont d'une parfois d'une telle étroitesse qu'on est parfois obligé de disputer la chaussée aux voitures.


Bourges, c'est d'abord et avant tout la ville natale de Jacques Cœur, grand argentier du roi Charles VII, qui se vit contraint d'y déménager après la déculottée d'Azincourt en 1415. Fils d'un maître fourreur, ce véritable couteau suisse doit son ascension fulgurante à un sens affuté du commerce, un esprit d'entreprise hors pair, une intelligence aigüe pour les tractations financières et un flair hors du commun pour fournir à la cour du roi de France toutes sortes de produits recherchés et remplir les caisses vides du royaume. Son immense richesse accumulée lui permit de faire construire le palais que l'on peut admirer aujourd'hui et qui entraînera sa perte. La jalousie et la rancœur de ses débiteurs le spolieront de ses biens et le feront emprisonner. Charles VII n'aura aucune reconnaissance pour celui qui releva le commerce, l'industrie et les arts du royaume. Pas plus qu'il n'en aura pour Jeanne d'Arc qui, boutant les Anglais, le fera sacrer à Reims et le replacera sur le trône de France. Éternelle ingratitude des gouvernants.


Autre personnalité emblématique : le peintre Maurice Estève (1904-2001), dont le musée qui porte son nom expose la richesse d'une œuvre colorée et pimpante, loin des standards de l'époque. Obéissant à un "besoin impérieux de peindre", l'artiste autodidacte et prolifique, qui excella aussi en dessin (il commença sa carrière comme dessinateur dans une maison de haute couture) et en art de la tapisserie, dédie à son Berry natal une multitude de tableaux. "Il n'y a pas d'objectivité en art. Il n'y a que de la passion", proclamait-il. Toute sa production le prouve.


A ne pas manquer : la cathédrale Saint-Étienne, pur joyau de style gothique (XIIe-XIIIe siècle), inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1992. La seule en France à ne pas avoir de transept.

L'on comprend mieux pourquoi Bourges a été désignée Capitale européenne de la Culture pour 2028.

Et pour découvrir confortablement les coins les plus intéressants de la vieille ville, ne pas manquer de monter dans le petit train : départ place Étienne Dolet, en face de l'office de tourisme (rue Simone Veil, 02 48 23 02 60).


Séjourner. Sans hésiter, à l'hôtel de Panette (1, rue Ducrot, 02 48 50 60 01), un hôtel particulier du XVIIIe siècle, idéalement situé en plein cœur de la ville, avec vue sur la cathédrale, qui hébergea les Trésoriers de la Sainte Chapelle de Bourges,. Franchir le portail datant de 1418 pour séjourner une ou plusieurs nuits dans des chambres entièrement rénovées, (mais dont la modernisation a su garder leur cachet d'antan) fait vivre un grand moment. Le personnel, très professionnel et aux petits soins, se fera un plaisir de vous en conter l'histoire mouvementée (visite historique gratuite tous les jours à 11h). Petit clin d'œil : "le vicomte de Panette" n'est pas seulement le fils du marquis de Tristan qui racheta la demeure, mais le nom du violon de belle facture sur lequel joue à présent Renaud Capuçon.

Se restaurer. Trois bonnes adresses, qui ont en commun la gentillesse et le professionnalisme des petits jeunes qui y travaillent, tout comme la variété de plats simples et délicieux : Papilles et Bouchons (50, rue Moyenne, 02 48 24 36 07), La gargouille (108, rue Bourbonnoux, 02 48 24 23 59) et le gastronomique Chez Jacques (3, place Jacques Cœur, 02 48 24 01 37).

2025

Uzès, la belle


Quand le soleil l'étreint de ses rayons languides, Uzès se prend de petits airs de Toscane : rues pavées qui serpentent, plongent ou s'élèvent entre bâtiments médiévaux telles les tours de l’Évêque et du Roi, pour aboutir à des places ombragées bordées parfois d'arcades, comme la place aux Herbes, où l'on apprécie, par ces temps de canicule, l'eau rafraîchissante qui gargouille dans les fontaines.

Une paresseuse déambulation au gré de ses errances conduit le promeneur à de belles surprises : le Jardin médiéval, les boutiques de savonnerie provençale qu'un tenace parfum de lavande annonce de loin, ou d'huile d'olive qui se conjugue en une infinité de variétés, petite échoppe de vente de produits truffés que l'on vous fait volontiers goûter par-ci, commerces de robes d'été par-là.

La cité gardoise s'enorgueillit d'un passé glorieux remontant aux Romains, qui perdura des siècles durant et que l'on peut encore admirer : le duché d'Uzès, l'ancien Hôtel des Monnaies, la cathédrale Saint-Théodorit, l'Hôtel du Diocèse civil, le Jardin médiéval…

Si le lieu déploie un charme si particulier, c'est qu'il ne vit pas que par ou pour les touristes, loin s'en faut. Il a su échapper à une muséification pétrifiante. Tout au long de l'année, ses habitants animent de multiples activités pour leur propre agrément. D'où cette vivacité qui ne se dément pas, comme en témoignent, entre autres, le grand marché du samedi et celui des producteurs tous les mercredis. La ville s'honore également de faire la part belle aux artistes, grâce aux nombreuses galeries mettant en scène leur ingénieuse fécondité.

Mais le temple incontournable de l'artisanat d'art de haute qualité reste la Maison des Artisans d'Art, sise place de Verdun, véritable caverne d'Ali Baba où sont exposées et proposées à la vente, tout au long de l'année, créations originales et pièces uniques de peintres, sculpteurs, potiers, orfèvres, peaussiers… qui ne cessent d'innover dans tous les domaines. Et l'on est plus que sensible à l'accueil chaleureux de l'adorable animatrice du lieu, toujours disponible, qui prend le temps de parler avec passion et affection de ses "poulains" et de leur savoir-faire unique.

Ne pas manquer durant son séjour de s'octroyer un petit pèlerinage à la librairie blottie sous les arcades de la place aux Herbes, qu'Olivier de Kermel a rendu célèbre dans son livre éponyme, La libraire de la place aux Herbes. Une façon originale de ressentir l'hospitalité des gens du lieu.

Quelques points d'ancrage pour se sentir vraiment chez soi :

- La Taverne de Sophie, 4 rue Xavier Cigalon, dont les quelques chambres dans leur jus assurent calme et volupté dans une ruelle à deux pas du centre. Blanche, chatte câline et vraie maîtresse des lieux est pour beaucoup dans l'accueil chaleureux des hôtes de passage.

- Des restaurants simples et délicieux comme "Midi à l'ombre" (9 rue Xavier Cigalon), Ten (10 place Dampmartin), La Fontaine (21, place aux Herbes) ou Signorini Tartufi (12 place Dampmartin) pour se régaler d'un bon plat de pasta à la truffe et aux champignons, parsemée de noisettes.

- L'incontournable Glacerie (1 place aux herbes) aux 56 parfums de glaces et sorbets, qui vont des plus classiques aux plus improbables (cactus-citron vert, fleurs d'oranges aux éclats de pistache, sésame noir…)

L'on n'en finit pas de découvrir avec délices ce lieu encore préservé.

Les rieuses d’Étretat 


Un trou de trois jours dans son emploi du temps ? Ne pas hésiter : cap sur la cité normande pour respirer l'iode à pleins poumons le long de sa très belle plage. Dès l'arrivée, mouettes et goélands déclenchent la bande-son : concert ininterrompu de criailleries dissonantes du matin au soir. Sûrement pour fêter l'arrivée des touristes que ces bestioles adorent : leurs déchets alimentaires les nourrissent grassement. Plus besoin d'aller pêcher.

Typiquement spécifique d'Étretat, les falaises de craie, leurs belles arches et la célébrissime Aiguille de Belval, immortalisée par Maurice Leblanc et son élégant gentleman cambrioleur Arsène Lupin, avant que Sylvain Tesson ne la remette médiatiquement sur le devant de la scène en partant à l'assaut de son sommet.

Ce paysage a inspiré une pléthore d'artistes : Jacques Offenbach et son librettiste Ludovic Halévy, ainsi que de nombreux peintres impressionnistes, (notamment Gustave Courbet, Claude Monet, Gustave Doré), des écrivains (Maupassant, Alexandre Dumas père, Victor Hugo, André Gide, Georges Simenon, Alphonse Karr qui écrivit un jour : "Si j'avais à montrer la mer à un ami pour la première fois, c'est Étretat que je choisirais") …

Question gastronomie, on ne va pas se mentir. Pas d'enseigne Mc Do en vue, mais des restaurants qui ne proposent que des burgers-pizzas-moules-frites. Après tout, pourquoi se casser la tête puisque les hôtes de passage ne leur réclament que cela. Et quand on sort de la carte de base, rien de bien délicieux, ni même de plats familiaux honnêtement cuisinés. Seul le restaurant La Flottille (22 rue Alphonse Karr) tire son épingle du jeu.

A ne pas manquer :

- Le Clos Lupin (maison de Maurice Leblanc) que le vrai maître des lieux sorti tout droit des romans dont il est le héros vous fera visiter comme un jeu de piste aux multiples clins d'œil de ses aventures.

- Les Jardins d'Étretat, à la gloire de l'art topiaire, parsemé çà et là de sculptures.

- Notre-Dame de la Garde, au-dessus de la Porte Amont.

- Les Halles, qui abritent de nombreuses boutiques.

- Le Manoir de la Salamandre, construit par Emile Monge, dont les colombages proviennent d'une maison de Lisieux du XIVe siècle. Les étranges sculptures de la façade et de l'intérieur se réfèrent aux symboles alchimistes.

FÉCAMP

Profitez du séjour pour aller faire un petit tour à Fécamp, découvrir deux fleurons incontournables :

- Les Pêcheries, musée protéiforme recelant toute l'histoire et l'art de vie cauchoise. Y grimper tout en haut du Belvédère pour une vue vertigineuse sur la ville et ses alentours.

- Le Palais Bénédictine, chef d'œuvre architectural du XIXe siècle, qui abrite un musée d'art religieux mais surtout… temple unique au monde de la fabrication de la célèbre liqueur, qui ne se découvre qu'en visite guidée débutant sur un cocktail de bienvenue, suivit d'une déambulation complète et passionnante de la fabrication du fameux élixir. Et qui se termine sur une dégustation à l'aveugle de trois sortes de bénédictines. Un rêve.

2021

Honfleur, terre des arts

Voilà deux siècles qu'Honfleur inspire et reçoit des artistes français dont la renommée franchit allègrement les frontières de l'Hexagone. Dans ce petit port dynamique, les galeries d'art s'implantent comme champignons après la pluie. Une occasion pour les citadins pressés que nous sommes de découvrir et d'admirer des créateurs qui, par leur originalité, la richesse de leur imaginaire et leur talent, nous font pénétrer avec délices dans un monde où "tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". Laissons ce parcours magique à travers ces collections inspirées transcender, dans le recueillement, notre quotidien.


Une épure toute japonaise donne aux bronzes d'Etienne Pirot, dit ETIENNE, une densité et une légèreté qui les font parfois s'envoler ou s'ancrer dans le recueillement. Une ligne légère et apaisante qui exprime, dans sa quintessence, une forme de spiritualité.

Galerie Bartoux, 30, place Sainte-Catherine (02 31 89 94 23)


D'abord artiste urbain, Seaty est passé à la peinture sur toile. Sa signature : des portraits en noir et blanc d'hommes et de femmes de toutes ethnies, qu'il rehausse de couleurs vives. Un contraste saisissant.

Galerie Bartoux Normandy, 29 rue du Dauphin (02 31 89 09 00)


Dans ses tableaux, Cécile Cantele, met en scène deux symboles de l'innocence : un enfant et un animal, qui errent dans les ruines d'un monde dévasté. L'un représente l'avenir à reconstruire, l'autre assure la pérennité de la vie sur terre. Comme un coup de poing, les effets de la vorace activité humaine sur l'environnement.



Est-ce une réminiscence de sa collaboration comme designer textile avec de grands noms de la haute couture (Hermès, Jean-Paul Gauthier, Armani...) ? Dans ses huiles sur toile, Marc Le Rest détourne les portraits des peintres hollandais des XVIe et XVIIe siècles, qu'il dynamite et sublime à la fois : tissus, plumes, dentelles, bijoux affublent un somptueux bestiaire de mode, où le sens du détail le dispute à une originalité débridée. Et n'hésite pas à plonger la Jeune Fille à la Perle de Vermeer dans un décor animalier étrange, où ce qui nous semble familier percute l'inconnu.

Galerie Cantele, 43, rue du Dauphin, Honfleur (02 31 87 40 95)



Pour peindre, David Schluss n'utilise que ses mains. Ses doigts agiles sculptent la matière, donnant naissance à des personnages foisonnants, en mouvement perpétuel. Grâce à ce colletage avec le matériau brut, ses tableaux vibrent d'une densité flamboyante. C'est lumineux, ça explose de gaîté et de couleurs, ça dégage une énergie folle. La vie dans son jaillissement joyeux.



La spécificité de Bruno Catalano sont les parties délibérément manquantes de ses sculptures polychromes qui laissent passer le paysage derrière elles. Elles représentent des êtres en lambeaux, en partance pour un horizon in(dé)fini. Le dépouillement comme une autre façon d'occuper l'espace, un défi aux lois de la pesanteur.








Miroitier de génie, Christophe Gaignon est un artiste autodidacte. Ses miroirs teintés dans la masse ressemblent à des yeux de cyclope géant. Chaque pièce est unique et renvoie, comme un cataphote céleste, sa lumière diffractée à celui qui le contemple. Une transformation richement colorée de la réalité.

Galerie Sainte-Catherine, 34 quai Sainte Catherine (02 31 89 29 00) 36 place Berthelot

2020

Menton - John Lemon : Covid-19 m'a tuer

Débarquer à Menton en fin d'après-midi pour assister à cette fête des Citrons 2020, qui promettait d'être la plus somptueuse depuis sa création, et apprendre que toutes les manifestations sont annulées pour cause de coronavirus, c'est rageant. Pas seulement pour les visiteurs, mais également pour toute l'équipe municipale qui depuis des mois travaillait sans relâche pour célébrer son agrume fétiche. Adieu corsos (diurne et nocturne), jardins de lumière, feux d'artifice, salon de l'Artisanat et festival des Orchidées.


A l'origine de ces festivités : la direction du Riviera Palace qui proposa en 1928 d'exposer fleurs, citrons, oranges, bergamotes, cédrats, bigarades (oranges amères) et autres clémentines, qui poussent à foison dans la région. L'enthousiasme fut tel que l'idée fut reprise tous les ans par la suite, s'enrichissant de nouvelles créations.

Chaque année, un nouveau thème est décidé par la municipalité. En 2020 : les fêtes du monde. En tout, treize constructions géantes consacrées aux masques, à la fête des Lanternes (Chine), de l'Eau (Asie), de la Kumari (Népal), de Pachamama (Argentine), du 14-Juillet (France), du Darwin Festival (Australie), du carnaval de Notting Hill (Angleterre), des Morts (Mexique), de l'Oktoberfest (Allemagne), du carnaval de Venise (Italie), de la Saint-Patrick (Irlande) et du Carnaval de Rio (Brésil), tout en citrons, oranges et mandarines, exposées dans les Jardins Biovès. Une débauche de couleurs soleil !

On peut enrager devant cette annulation soudaine. Mais bon, pas non plus de quoi se couvrir la tête de cendres ! Parce que Menton est une ville charmante, qui recèle quelques trésors dans sa manche : une large baie-promenade se déployant autour d'une Méditerranée qui passe du gris à l'indigo selon les caprices du ciel; des ruelles qui montent et descendent, serpentant autour d'anciennes maisons dont les façades se parent de toutes les nuances d'ocres de la région, ce qui lui confère un petit air de Toscane; les halles qui dès le matin proposent aux chalands une profusion de fruits et légumes; les édifices religieux (basilique Saint-Michel, chapelle des Pénitents blancs, église du Sacré-Cœur); et l'hôtel de Ville, dont la salle des Mariages s'enorgueillit de fresques conçues par Cocteau lui-même. Sans oublier les artistes de rue comme Eliseo, sud-américain original et talentueux, qui transforme en quelques minutes les projections informes de ses bombes de couleurs sur la toile en paysages délicats.


Il serait également vraiment dommage de passer sous silence l'aspect gastronomique de la ville : les raviolis aux citrons de Menton, à la truffe noire ou aux amandes créés par Luisa Inversi à la Pasta Piemonte (une tuerie !); le limoncello, l'huile et le vinaigre au citron de Menton tout comme la moutarde douce au miel et citron d'Au Pays du citron; ou les restaurants Bistrot de la Mairie et Martin et Fils aux délicieuses spécialités mentonnaises et niçoises.

Bien sûr, at last but not least, les confitures Herbin qui s'octroient régulièrement une moisson de médailles plus que méritées au Salon de l'Agriculture (cette année : or pour la mandarine, argent pour le citron vert et la griotte, bronze pour le kumquat). Cette fabrique artisanale, qui existe depuis 1974, s'est vue attribuée le prestigieux label EPV (Entreprise du Patrimoine vivant) comme artisan confiseur, récompense accordée à seulement 1200 artisans en France et reconductible tous les cinq ans (pour ne pas s'endormir sur ses lauriers). Tous les agrumes de cette petite entreprise viennent de Menton et poussent sans traitement, ce qui permet d'utiliser aussi bien la pulpe et le jus que la peau. Du lavage des fruits à la mise en pot, en passant par l'épépinage, le sucrage et la cuisson, tout est fait à la main. Plus de deux cents saveurs de confitures à portée de papilles, mais aussi des liqueurs, du miel, des fruits confits, des confiseries. Une vraie caverne d'Ali Baba où l'on peut assister à la fabrication des produits et les déguster avant d'acheter. Trop bien !


On l'aura compris : même si la mascotte John Lemon s'est sentie agressée par une décision sanitaire brutale qui a privé ses hôtes d'une très belle manifestation, nul n'a regretté son séjour.

A l'année prochaine !

- Office du Tourisme : Palais de L'Europe, 8 av Boyer, 06500 Menton (04 92 41 76 76)

- Pasta Piemonte : 34, rue Partouneaux, 06500 Menton (04 93 57 26 21)

- Au Pays du Citron : 22, rue Saint-Michel, 06500 Menton (04 92 09 22 85)

- Maison Herbin : 2, rue Palmaro, 06500 Menton (04 93 57 20 29)

- Maison Martin et Fils : 7, rue des Marins, 06500 Menton (04 93 35 74 67)

- Bistrot de la Mairie : place de la Mairie, 06500 Menton (04 93 17 54 54)

2019

Festival des Lanternes à Gaillac


Depuis trois ans, la Chine s'invite à Gaillac (dans le Tarn) pour le Festival des Lanternes, produit par la ville de Zigong (Sichuan). Les joyaux de la culture traditionnelle chinoise de la dynastie Tang s'offrent à la curiosité des très nombreux visiteurs qui arpentent, dès la nuit tombée, les trois hectares du château de Foucaud. Jusqu'au 31 janvier, une féérie de couleurs enchante petits et grands. Tous s'émerveillent devant les quelques 500 flamboyantes et grandioses sculptures lumineuses illustrant les légendes chinoises aux animaux fantastiques, tel l'immense dragon de 80 mètres de long ou le gigantesque Bouddha.

Pas moins de quarante artisans et autant de jours de travail ont été nécessaires pour mettre sur pied ce déploiement de statues composées d'assiettes de porcelaine recouvertes de soie peinte à la main. Il a fallu le labeur acharné de toute une équipe de soudeurs, d'électriciens, de menuisiers, de peintres et de couturières pour donner naissance à une ville de lumière, grandiose et éphémère.

Époustouflant !

Parc du château de Foucaud, jusqu'au 31 janvier 2020


Gloire à la Dive Bouteille

Mais la ville de Gaillac ne se transforme pas en Belle-au-Bois-dormant sitôt les lumières éteintes. Son vignoble, l'un des plus anciens de la Gaule, produit d'excellents crus comme la Côte-Rotie, l'Hermitage, et le Gaillacois, que l'on doit à la persévérance de ses vignerons, engagés dans une constante recherche de qualité. Leurs efforts ont été récompensés par la mention "vendanges tardives" accordée en 2011 au Gaillac liquoreux, par le très sélect INAO.

La Maison des vins, sise sur le site de l'abbaye Saint-Michel,organise régulièrement des dégustations de blancs, rouges ou rosés : une large palette d'excellents vins. Une équipe de professionnels très accueillante prodigue à tous les amateurs des conseils avisés et, tout en leur faisant goûter le large éventail de la production gaillacoise, les renseigne sur les différents terroirs.

Maison des Vins : Abbaye Saint-Michel (05 63 57 15 40)    - www.vins-gaillac.com


Pour tous renseignements :

Office de Tourisme de Gaillac, Place de la Libération, 81600 Gaillac (Tél : 0805 400 828)

Annecy : un somptueux carnaval... de Venise

Depuis 1996, la Venise des Alpes accueille durant tout un week-end les costumes flamboyants qui ont hanté la Sérénissime quelques semaines auparavant. Du 6 au 8 mars 2020 déambuleront librement, le long des canaux, des rues et sur les berges du lac d'Annecy-le-Vieux, une variété infinie de personnages sortis tout droit des siècles passés ou de l'imagination fertile de ceux qui ont créé leur propre déguisement.

On croirait évoluer dans un tableau de Tiepolo ou de Guardi. Seuls, en couple ou en famille ces êtres irréels d'une époustouflante beauté, dissimulés derrière leur loup ou leur bauta, s'offrent avec grâce et patience à la curiosité bon enfant des promeneurs. Une féérie que les badauds contemplent, émerveillés, appareils photos brandis pour fixer du rêve sur pellicule ou pour des séances de selfies qui s'ancreront à jamais dans leurs souvenirs. Un festival multicolore et gai qui annonce, au mitan de l'hiver glacé, un printemps qui tarde pourtant à venir. Ces festivités se terminent par un défilé de travestis : sur le podium dressé dans les jardins de l'Europe si le temps le permet, ou au centre culturel Bonlieu si la météo n'est guère clémente.

Mais le carnaval n'est pas, loin s'en faut, le seul atout de cette ville charmante construite au XIe siècle. L'entrelacs de ruelles pavées débouchant sur un canal tranquille, le Palais de l'Île qui semble fendre de son étrave les eaux calmes du Thiou, la cathédrale Saint-Pierre dont l'orgue du XIXe siècle est classé aux monuments historiques, les nombreuses bâtisses et églises vestiges des siècles passés, les façades colorées des maisons comme autant de prémices de la Toscane toute proche offrent autant d'occasions de musarder tranquillement avant de se régaler d'un bon vin chaud.

La gastronomie n'est pas en reste. Outre les nombreux restaurants où l'on peut se régaler d'une raclette d'anthologie, ne pas quitter la ville sans avoir fait une halte au salon de thé la Rose des Neiges, où boire un subtil thé blanc assorti de l'une de ses délicieuses pâtisseries est le début de la damnation. Sans oublier une visite obligée chez Pierre Gay, fromager affineur connu dans toute l'Europe, qui voit défiler dans son petit magasin tous les fins gourmets de passage (et les habitués). Et, surtout LA spécialité de la ville : les Roseaux du Lac, petites bûchettes chocolatées fourrées au sucre et à différents parfums de liqueur, que le chocolatier Christophe Arechavala a mis au goût du jour dans sa boutique-salon de thé éponyme.

Cela ne fait plus aucun doute : Annecy est une ville où il fait bon revenir souvent.

Renseignements

Office du tourisme : 1, rue Jean-Jaurès, 74000 ANNECY - 04 50 45 00 33 - www.lac-annecy.com

AUTOMNE GOURMAND DANS LA PROVINCE D'ASTI (ITALIE)


LE NECTAR DES DIEUX

Attention danger : s'autoriser une tournée des caves piémontaises est une activité à haut risque.Trop de bonheur peut nuire gravement à la santé. Car pour ce qui est du sang de Bacchus, la région n'a rien à envier à nos terroirs de France. La plupart des crus se flattent d'être bios et respectent en cela un cahier des charges très rigoureux, répondant aux normes européennes : pas d'utilisation de produits chimiques, pas de produits de synthèse et raisin cueilli à la main. Des contrôles sévères ont lieu régulièrement.

L'une des meilleures adresses est l'exploitation vinicole de la famille Rovero, à San Marzanotto. Première ferme de ce type dans la région d'Asti, elle propose également des chambres d'hôtes, ce qui relève de la plus élémentaire prudence : entre le Barbera, le Vigna del Mandorlo, le brachetto (vin doux), le Moscato (doux mousseux) et combien d'autres, sans oublier toutes sortes de grappa (eaux de vies) plus tentantes les unes que les autres, il est déjà difficile de regagner la sortie. Alors sa voiture... D'autant qu'une somptueuse dégustation de charcuteries et de fromages accompagne ces libations. On a bradé son âme pour moins que ça.

Il Milin : Fraz. San Marzanotto, Strada Valdonata 218, 14100 ASTI (00 31 0141 592 460 - www.agriturismoilmilin.it - info@rovero.it)


UN ÉTÉ A LA FERME

A Cova de Roccaverano, Béatrice et Marco jouent à fond la carte du bio dans leur élevage de chèvres. Les mignonnes sont bichonnées au blé et au tournesol, quand elles ne paissent pas directement sur leur pâturage, et sont soignées, quand c'est nécessaire, à l'homéopathie et phytothérapie. Leur litière : que de la luzerne. En début et en fin de saison, la traite se fait à la main. Entre les deux, la machine prend le relais mais elles ne perdent pas au change car elles ont droit après ce traitement  "brutal" à un massage des pis. Pas ingrates, elles fournissent un lait de qualité qui produisent trois fromages à se damner : le Falo (du nom du feu de la saint Jean) au piment, le carboncino et le Robiola di Roccaverano. Les propriétaires ont gagné le premier prix aux foires de Roccaverano et Vesime. Ce n'est que justice.

Béatrice et Marco possèdent également deux ânes qui, lorsqu'ils ne sont pas utilisés au travail de la terre, servent de montures aux visiteurs pour une excursion d'un jour ou deux dans la région, avec reconstitution historique racontant l'histoire et les traditions du lieu. Un fromage est offert pour la randonnée.

La Masca : Regione Cova 12, 14050 Roccaverano (00 39 01 44 933 13 - www.lamasca.it   lamasca@lamasca.it)


LA TRUFFE : NOUVEL OR BLANC ET NOIR

Si l'on veut passer un moment délicieux à tout savoir sur le monde mystérieux de la truffe, il est impératif de se rendre à Costigliole d'Asti, chez Giorgio et Natale, viticulteurs, mais aussi rabassiers (ramasseurs de truffes) depuis cinq générations : « C'est une passion, pas vraiment un métier ». Connue depuis l'Antiquité et dotée de vertus aphrodisiaques, la truffe fut au Moyen-âge condamnée par l'Eglise qui voyait en elle le fruit du diable. Quand arrive la saison (de mai à septembre pour la truffe noire d'été, mi-octobre pour la truffe blanche), une seule personne peut récolter jusqu'à cinq kilos de truffes.

La truffe blanche est essentiellement piémontaise. Comme le vin, chacune a son parfum, qui lui vient de la terre : miel et ail ou épice et terre humide de la rosée du matin. Elle change de goût, de couleur, de forme et d'odeur, en fonction de l'arbre avec lequel elle vit en symbiose : peuplier, chêne, tilleul et, très rarement, le saule. Les connaisseurs affirment que la meilleure pousse au pied du chêne. On trouve la noire au pied des noisetiers.

On part à la chasse à la truffe comme on s'adonnerait à la contrebande de produits prohibés : en silence et la nuit. Non pas en raison de conditions météorologiques plus favorables à ce moment-là, mais parce que chacun possède ses caches secrètes que personne ne doit repérer. Indispensables à la découverte de ce trésor : les chiens truffiers (essentiellement des pointeurs ou des braques allemands et français) dressés tout petits. Une licence de rabassier est indispensable pour intégrer la congrégation.

Tous les dimanches d'octobre, de 5 h à 8 h du matin se déroule dans la ville d'Alba la foire à la truffe, devenue internationale en 2007. Les transactions commerciales se passent dans les bistrots. Alors que la truffe noire se négocie à 50 € les 100 g, la truffe blanche grimpe jusqu'à 400 € les 100 grammes. Les tractations prennent des allures de conspiration : entre le vendeur et son client se met en place, dans le plus grand secret, un ballet silencieux, chacun faisant mine d'ignorer l'autre tout en débattant du prix dans un langage codé. Le marché conclu, l'acheteur ira revendre sa cargaison aux restaurateurs. Chaque année, la ville d'Alba offre l'un des plus gros spécimens de sa récolte à un important personnage étranger, coutume qui lui a valu d'être imposée comme la capitale de la truffe.

Partager la truffe est un moment convivial. On la savoure en bonne compagnie, râpée en fine lamelles au-dessus de fromages de chèvre qu'un bon vin du terroir accompagne. Il faut la couper avec un couteau à lame pour ne pas lui ôter son goût. La truffe blanche ne doit jamais être cuite, mais toujours consommée en lamelles. Elle donne de la noblesse aux hors d'œuvres (pâtes fraîches plates à l'œuf), au rizotto, aux gnocchi, à la viande de veau coupée en petits morceaux avec du citron et du poivre et aux œufs.

Pour ceux que cela intéresse, des expéditions sont organisées pour les touristes. La chasse à la truffe est interdite du 30 août au 15 septembre. L'ouverture officielle commence entre le 15 et la fin septembre jusqu'en décembre. Il est plus prudent de réserver à l'avance : les rabassiers connaissent la période propice (pas forcément la même tous les ans). Une dégustation couronnera vos efforts.

Inscription possible et demande de tarifs à :

La Casa del Trifulau : Frazione Burio,1 Costigliole d'Asti  (3472991832 - 3397822021 - 0141966568 - tuber.pico@virgilio.it)