Événements culturels

Expositions, théâtre, danse, spectacles, cinémas, tout ce qu'il ne faut pas manquer....

2021

2020

Marc Riboud : une vie en noir et blanc

Jusqu'au 3 mai 2021, le musée Guimet organise une grande et riche rétrospective du célèbre photographe Marc Riboud, disparu en 2016. Pilier de l'agence Magnum pendant plus de vingt ans, il va parcourir la terre entière durant toute la seconde moitié du XXe siècle, témoin privilégié des transformations et soubresauts de la planète.

Dès la fin de la guerre, ses reportages couvrent l'Europe (France, Angleterre, Yougoslavie). Puis il étend son champ d'action de l'Orient (Turquie, Iran, Pakistan, Inde) à l'Asie (Chine, Cambodge, Vietnam, Indonésie) jusqu'au Japon. Plus que des paysages, ses photos s'attardent sur les êtres, dont il souligne ce qui les rend profondément humains et rares : leurs émotions, leurs rires, leurs drames, leur misère, leur poésie.

Son terrain de prédilection restera la Chine qu'il sillonnera pendant plus de cinquante ans, observateur attentif des bouleversements qui vont profondément marquer le pays. Pour finir, en apothéose, avec ces sublimes et intemporelles photos des monts Huang Shan, véritables lavis, dont il sut saisir toute la légèreté des paysages disparaissant dans la brume évanescente : "J'aime la brume comme l'ombre et la nuit qui tombe, elles effacent, épurent et détachent les plans".

"Regarder est une respiration et, quand le hasard est avec moi et qu'une bonne photo m'est donnée, le bonheur n'est pas loin". Marc Riboud fut donc toute sa vie un homme heureux.

Marc Riboud. Histoires possibles Du 16 décembre 2020 au 3 mai 2021

Musée national des arts asiatiques - Guimet
6, place d'Iéna, 75116 Paris

Réservations : billetterie.guimet.fr

Vaux-le-Vicomte en Lumières - Fêtes et fastes

Plus grand monument historique privé de France, Vaux-le-Vicomte constitue le socle où va s'élaborer et s'épanouir le classicisme à la française, grâce à Louis Le Vau (architecte), Le Nôtre (paysagiste) et Charles Le Brun (peintre).

Les jardins. Ce château est indissociablement lié à Nicolas Fouquet, surintendant des Finances, mécène, "protecteur et révélateur des talents de son époque", qui permit à Le Nôtre de créer, pour la première fois, le jardin à la française, copié plus tard dans toute l'Europe, notamment à Versailles où il connaîtra son apogée. Il se caractérise par la prédominance de l'homme sur la nature et une perspective qui inaugure, de part et d'autre de l'allée centrale, des éléments de jardin qui vont se répondre par effet miroir afin d'éviter le côté un peu ennuyeux d'une symétrie trop parfaite : plans d'eau d'un côté, parterres de fleurs de l'autre.

Dernier élément des jardins à la française : les trompe-l'œil. Le Nôtre a créé une anamorphose, c'est-à-dire une image déformée de notre vision qui appréhende la totalité des éléments captés par le regard dans un espace restreint... qui va s'agrandir au fur et à mesure que l'on va s'éloigner du château. Depuis la terrasse, le jardin donne l'impression d'être de taille plutôt modeste pour un tel site, perception vite démentie au fur et à mesure de la promenade : 45 minutes de marche sont nécessaires pour parvenir au jardin d'Hercule, à l'autre bout du domaine. Hercule est ici représenté au repos, à l'issue du troisième de ses douze travaux : le vol de pommes du jardin des Hespérides. Il est le symbole de Nicolas Fouquet qui se repose et contemple son chef d'œuvre après l'avoir créé.

Pour réaliser ces transformations qui ont nécessité vingt ans de travaux de terrassements, de plantations et d'installation de réseaux hydrauliques (de 1641à 1661), ce paysagiste de génie a reçu carte blanche de son commanditaire. Il a ainsi contribué, avec Louis Le Vau, à créer cette sensation d'harmonie entre le château et les jardins. Où que l'on soit, le parc se métamorphose sous nos yeux : broderies, statues, topiaires s'effacent pour offrir au regard cette succession d'escaliers, qui donnent l'illusion que cette luxueuse gentilhommière est posée sur un piédestal.

La décoration intérieure du château est l'œuvre de Charles Le Brun, avec force références à la mythologie et aux allégories très en vogue au XVIIe siècle. Pour l'heure, c'est plutôt la magie de Noël qui crée le décor féérique qui fait la joie des petits et des grands. Pour la quinzième année consécutive, et jusqu'au 3 janvier 2021, Vaux-le-Vicomte s'illumine de décorations dont le thème cette année est "Fêtes et fastes". De multiples animations émerveillent petits et grands : près de 250 costumes d'époque peuvent être loués pour les enfants, qui seront ravis de faire un petit tour au musée des Equipages, envahi pour l'occasion par toute une famille d'ours qui ont pris malicieusement possession des calèches... tout cela ponctuant une chasse au trésor dans les jardins pour découvrir deux noisettes dorées, objets de cadeaux-surprises pour les plus chanceux.

Au sous-sol, les cuisines, domaine exclusif de Vatel, pâtissier-traiteur, passé à la postérité pour son art des festins d'exception et son habileté à organiser de fabuleuses fêtes. Indirectement, par sa volonté de servir son maître et éblouir Louis XIV, il se distingua particulièrement à l'occasion de la visite du roi par la magnifique décoration de la table et la maestria avec laquelle il concocta les mets les plus fins... ce qui, en exacerbant la jalousie du monarque, participa à la chute de Nicolas Fouquet. Aujourd'hui encore, des tables chargées de gourmandises font danser les papilles des visiteurs.

Clou de la visite : une projection monumentale sur la façade du château offre une plongée onirique dans ce que fut son histoire, sur fond de musique baroque, contemporaine et bruitages divers.

Une belle journée à s'offrir pour le plus grand plaisir de tous.

Vaux-le-Vicomte en Lumières Fêtes et fastes !

Du 17 octobre 2020 au 3 janvier 2021

Château de Vaux-le-Vicomte, 77950 Maincy

Informations et réservations : 01 64 14 41 90 / 01 60 69 90 85

Christian Louboutin : un homme à vos pieds

Si, au lieu de lui procurer une pantoufle de vair, la fée-marraine de Cendrillon avait offert à sa filleule des Louboutin, le prince charmant n'aurait pas eu besoin de faire défiler toutes les demoiselles du royaume pour retrouver sa bien-aimée. De 500 à (beaucoup) plus de 1000 € la paire, cela restreint le champ des investigations.

Il faut reconnaître que chaque modèle est en soi une œuvre d'art, une porte ouverte sur le rêve, de la poésie à l'état pur. "Les souliers ont atteint une dimension iconique presque sacrée et il y a aujourd'hui une forme de dévotion qui se cristallise autour de l'objet soulier ", explique le maître. Toutes les stars d'Hollywood, toutes les femmes de la planète mode possèdent leurs chaussures Louboutin à la célèbre semelle rouge.

Le parcours de l'exposition s'apparente à celui d'un lieu sacré. Pour accéder au saint des saints, on monte un escalier dont les murs sont couverts du nom des centaines de chaussures créées tout au long de sa carrière par Louboutin. On pénètre dans la magnifique salle des Vitraux réalisés par la Maison du Vitrail à Paris (on se croirait dans une cathédrale) qui illustrent ses années d'apprentissages et présentent ses premières créations déjà marquées par l'humour et l'originalité de leur concepteur.

Dans la salle des Trésors se déploie, autour d'un immense soulier de cristal, l'œuvre du maître nourrie de sa fascination pour l'Afrique, l'Océanie et l'Amérique. "Quand on dessine il y a des influences diverses qui se mélangent".

Une exposition riche, donnant à voir aussi bien le produit fini que toutes les étapes de sa création.

Christian Louboutin L'Exhibitionniste

Palais de la Porte Dorée - 293, avenue Daumesnil, 75012 Paris

16 juin 2020 au 3 janvier 2021
Mardi au vendredi 10h - 17h30 - Samedi et dimanche 10h - 19h

Turner : précurseur de l'impressionnisme

L'exposition d'une soixantaine d'aquarelles et de quelques peintures à l'huile de William Turner (1775-1851), que le musée Jacquemart-André consacre à ce grand peintre, rend compte de l'innovation de cet artiste qui inspira, par la transparence et les effets de lumière de ses paysages, tout une lignée de peintre européens qui lui succèderont plus tard.

Issu d'une famille modeste, Turner apprend chez un architecte la perspective et la topographie des lieux, formation qui lui sera précieuse, même lorsqu'il délaissera la minutie de la reproduction au profit de ses recherches sur le rendu des émotions par une palette plus colorée. Autodidacte, très doué, il entre à l'école de la Royal Academy à l'âge de quatorze ans et commencera à y exposer deux ans plus tard.

Cet infatigable voyageur, qui a consacré sa vie à son art, ne peint pas sur le motif. Doté d'une excellente mémoire visuelle, il prend des notes en se promenant dans la nature, et reproduit ce qu'il a vu en atelier. Il invente la technique du brossage qui donne à ses tableaux des effets de rayons lumineux. Sa principale thématique : le soleil et les jeux de lumière sur l'eau et dans le ciel. "Il peint en couleur, mais il pense en lumière et en ombre", dira John Ruskin.

Turner a renouvelé le genre du paysage en peignant des toiles lumineuses riches en couleurs. Ses recherches picturales inspireront plus tard les impressionnistes.

Turner, peintures et aquarelles : musée Jacquemart-André - 158 Boulevard Haussmann, 75008 Paris

26 mai 2020 - 11 janvier 2021  - Ouvert tous les jours, y compris les jours fériés, de 10h à 18h. Réservation obligatoire

Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée


On pénètre en silence et dans l'obscurité dans le hall où dans quelques secondes la magie va opérer. Sur les murs immenses les œuvres de Joseph Vernet, Renoir, Monet, Matisse, Signac, Bonnard, Dufy et Chagall se déploient en magnificence, faisant éclater de couleurs et de lumière une palette que ces peintres parisiens ont enrichi au contact du soleil méditerranéen. Une danse animée d'une musique tour à tour douce ou joyeuse, qui sous nos yeux émerveillés s'empare de nos âmes.

Par ce voyage vers le sud, les impressionnistes puis les pointillistes vont être poussés à chercher de nouvelles tonalités, plus intenses, plus saturées. Leurs épigones (les fauves, Matisse) vont par la suite attribuer un rôle autonome à la couleur, qui primera sur le sujet. Tous ces artistes fuient l'académisme parisien pour expérimenter dans le sud une nouvelle façon d'approcher leur art. Grâce à cette liberté créative, les sujets des tableaux vont également changer.

Le sud n'a pas été qu'un motif pour tous ces peintres : il a aussi été une révélation artistique, un déclencheur, qui va conduire plus tard au cubisme et au non figuratif. "Quand la couleur est à son apogée, la forme donne toute sa puissance", dira Matisse.

Atelier des Lumières : 38 rue Saint-Maur, 75011 Paris

28 février 2020 - 3 janvier 2021 (réservations obligatoires)

FUJI - PAYS DE NEIGE 


Derniers jours pour admirer l'exposition rare d'estampes japonaises sur le thème du Mont Fuji et des paysages de neige, organisée par le musée Guimet. Quelques soixante-dix œuvres sorties exceptionnellement des réserves.

En 2013, l'Unesco a inscrit le mont Fuji, emblème immémorial du Japon, sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, au titre de "lieu sacré et source d'inspiration artistique".

Une magnifique présentation d'œuvres de nombreux maîtres, peintres d'estampes ou céramistes, anciens ou contemporains, qui ont magnifié ce mont sacré.

Musée national des arts asiatiques - Guimet, 6, place d'Iéna, 75116 Paris - Jusqu'au 12 octobre (sur réservation)

Studio Harcourt : sculpteur de lumière...

... Et révélateur de l'intemporelle beauté. Visage comme sorti du néant apparaissant dans toute l'illumination de son éclat, danse de l'ombre et de la lumière, clair-obscur révélant l'âme du sujet et dévoilant plus que ce qu'il laisse apparaître : tel est le style Harcourt, inscrit dans le perpétuel ballet de la réalité et de sa transfiguration.

Celui qui en parle le mieux est son président, Francis Dagnan, pour qui la patte Harcourt est "la révélation d'une grâce [qui] sculpte pour l'éternité la beauté du tréfonds". [...] La maîtrise de la lumière, le sens du cadrage, la mise en scène du sujet, telle est la sainte trilogie du style Harcourt".

A l'origine de cette perfection, de cette élégance discrète et raffinée, qui s'applique autant aux anonymes qu'aux célébrités, une inconnue, Cosette Harcourt (de son vrai nom Germaine Hirschfeld), jeune femme libre très en avance sur son temps, qui garda toujours secrète sa vie privée, elle qui, paradoxe, mit en lumière l'âme de ses clients. Personnalité nimbée de mystère, traversant les turbulences de l'Histoire, elle sut magnifier le Tout-Paris de la mode, de la culture et de l'élégance qui se pressait dans ses salons.

Il fut un temps (pas si lointain) où nul artiste ne pouvait vraiment se sentir adoubé par la profession s'il n'était passé par le studio Harcourt. Posséder dans ses archives son portrait griffé par la prestigieuse maison signait la consécration suprême.

Atteindre la perfection requiert un travail de préparation long et minutieux : maquillage mat (pour éviter les brillances disgracieuses) et plus épais (pour sculpter le visage). Intervient ensuite l'un des photographes extérieurs (une dizaine environ se relaient pour le studio) qui va intervenir sur le choix de la tenue (en apporter plusieurs pour varier les postures), de la pose (à tenir 5 à 10 minutes alors que la prise de vue ne va pas prendre très longtemps). Importance de la lumière : plusieurs spots orientables pour obtenir cette impression de 3D qui propulse le sujet hors du fond et dont chacun fait au minimum 650 w.

En 2007, Harcourt est passé au numérique (anathème?) Sans perdre apparemment une once de sa qualité et de sa magie.

L'art de la photographie : à la fois reflet et reconstruction du réel. Les clichés Harcourt restent à tout jamais des "éphémères éternels [qui expriment] une émotion à jamais capturée, la promesse de l'infini".

Du grand art !

Studio Harcourt : 6, rue Lota, 75016 Paris (01 42 56 67 67)

Paris : dans l'antre de Bacchus


Implanter le musée du vin à Paris, où l'on trouve moins de pieds de vigne que de rats en circulation, constitue un paradoxe. Mais là où la confrérie des Échansons de France pousse le bouchon encore plus loin, c'est que cette vénérable institution est située... rue de l'Eau. On ne saurait pourtant s'en étonner, les amateurs de la Dive Bouteille ont toujours été de joyeux drilles à l'humour ravageur.

Cette extravagante étrangeté trouve son explication dans le contexte historique. L'Ile-de-France s'impose comme une importante région viticole du royaume de France pour des raisons d'hygiène : au XVe siècle, les eaux usées chargées de miasmes envahissent les rues, dans les fermes on dépose le fumier sur les puits, tout cela rend l'eau impropre à la consommation. Le vin s'avère alors le seul moyen de la boire sans attraper toutes sortes de maladies. L'eau polluée est versée sur le vin en fermentation et l'alcoolisation de ce dernier finit par la rendre salubre. Oublions les grands crus : on obtient plutôt du vinaigre, que l'on peut alors boire à bon escient. "Le vinaigre, c'est quand même le meilleur désinfectant", ajoute, rigolard, Claude Josse, président de la Confrérie bacchique des Échansons de France, qui nous guide dans le dédale souterrain des caves. Pour les mêmes raisons d'asepsie, Napoléon apportait son fût de chambertin sur les champs de bataille.

Le vignoble français continue d'être exploité jusqu'à la Révolution française. Le phylloxéra va peu à peu le détruire vers 1850-1885, réduisant à néant toute l'activité viticole en région parisienne. Le plus gros des 130 vignobles replantés aujourd'hui l'ont été en Île de France : principalement les coteaux de Suresnes et le Mont Valérien où l'on peut acheter du vin sans payer la TVA, parce qu'il s'agit d'une bouteille associative.

Après l'attaque du phylloxéra l'exploitation viticole tombe dans l'oubli, jusqu'en 1930 où un certain M. Pignard, qui possède le prestigieux restaurant de la Tour Eiffel et des bateaux sur la Seine, rachète les carrières pour mettre son vin en bouteille. Opération de longue haleine qui nécessite parfois 30 ans de vieillissement. A la fin de 1982, ruiné, il revend ce lieu, pour le plus grand bonheur des Échansons de France qui l'ont acquis pour en faire un musée et un lieu de dégustation. Née en 1954, leur confrérie défend tous les vins français et, fait plutôt rare, accueille hommes et femmes à égalité.

L'échanson, ou grand bouteiller, était depuis l'Antiquité chargé de goûter les vins à la cour des rois pour prévenir toute tentative d'empoisonnement. Depuis, la profession a évolué : l'échanson, devenu sommelier, est aujourd'hui responsable des vins et des boissons alcoolisées dans la restauration et conseille les clients de ces établissements.

La Confrérie des Échansons de France porte deux tenues, toujours les mêmes, bleu et rouge, couleurs de la ville de Paris. Les cols d'hermine ont été remplacés par la laine de mouton, mais on a gardé les queues de vison noir en incrustation et le chapeau haut de forme. A Paris, 420 personnes en portent la tenue.

Pour tout apprendre sur le vin, depuis la culture du raisin sur les différents sols de l'Hexagone jusqu'à la mise en bouteille de tous les terroirs de France, un petit tour à ce pittoresque musée du vin s'impose. Une équipe passionnante, parce que passionnée, assure gentiment les visites guidées, sur réservation. Des cours de dégustation avec explications sont régulièrement prévus. Et pour clore en beauté ce moment agréable, le restaurant "Les Échansons" propose un très goûteux déjeuner, sous la houlette du chef, M. Labiade.

Musée du Vin, rue des Eaux, 75016 Paris - 01 45 25 63 26

Ouvert du mardi au samedi, de 10h à 18 h - info@museeduvinparis.com

Didier Brault : céramiste, sculpteur et peintre

Artiste protéiforme, Didier Brault expose jusqu'au 7 février au Centre Culturel de Courbevoie. Entretien.


Au vu de toutes vos œuvres exposées, céramiques, dessins, sculptures, vous avez beaucoup changé de styles tout au long de votre carrière.

Non, ce sont les différentes techniques employées qui donnent ce sentiment. Les pièces en céramique par exemple partent plus de l'idée du plat.

En sculpture, vos réalisez des portraits plutôt.. . tourmentés.

C'est dû à la manière de monter la terre. A la cuisson, cette dernière rétrécit de 10%, ce qui donne cette expression plus squelettique, plus expressive.

Certaines ont été réalisées à partir de modèles vivants. Les autres sont donc sorties de votre imagination ?

Lorsque j'ai commencé, je me suis orienté vers des représentations du monde aérien (oiseaux) ou du monde aquatique. Et même vers des choses assez abstraites. Ensuite, est venue une période un peu plus figurative, avec modèles vivants, parce que j'ai donné pas mal de cours basés sur ce type de représentations. Puis, quand je me suis intéressé à la céramique, j'ai commencé à façonner des oiseaux, non pour représenter les volatiles en particulier, mais plutôt pour traduire l'idée de l'envol, de l'élan. Je procède de la manière suivante : je regarde des oiseaux ou un film comme "Le peuple migrateur". Je m'imprègne d'une atmosphère. Au moment de monter ma pièce, et parce que je suis sculpteur quand même, je transforme l'oiseau comme je le sens, sans vouloir lui donner une forme particulière.

Compte tenu de leur aspect, vos céramiques pourraient servir de corbeilles à fruits ou de vide-poches. On peut facilement leur attribuer un rôle autre que décoratif dans une maison.

Moi c'est la forme qui m'intéresse avant tout. Que ce soit utilitaire ou pas n'est pas le problème. Mais on peut avoir une idée au départ et que cela devienne autre chose.

La pureté des lignes est omniprésente chez vous.

Plus que l'aspect ornemental, je privilégie la forme. Dans ma vie, j'ai partagé des ateliers avec toutes sortes d'artistes. Céramiste, ma femme y a apporté la couleur, la simplicité des lignes et des volumes. Cela m'a influencé pour aller vers des formes plus pures. Le goût évolue. Il y a tellement d'expressions, tellement d'expériences de faites en art. C'est absolument fabuleux.

Procédez-vous de la même manière pour la sculpture ou la céramique ?

De par leur processus de fabrication, la sculpture et la céramique sont des métiers qui nécessitent beaucoup de patience avant d'arriver à un résultat. Cela apporte souvent de la frustration. Il faut accepter de laisser les choses venir. Et accepter aussi l'échec.

Les dessins exposés sont également de vous ?

Oui, à partir de modèles vivants, en atelier. J'aime beaucoup cela. J'ai enseigné au Centre Culturel le dessin et le modelage avec des modèles vivants. C'est très intéressant de transmettre, de recevoir. Même dans la vie, l'échange est essentiel.

Comment procédez-vous ?

J'utilise une technique mixte. Je dessine avec une bougie, donc je ne vois pas mon trait. Je ne suis pas un très bon dessinateur, ce n'est pas mon but. C'est en mettant un lavis d'encre de Chine que le dessin apparaît, puisque l'encre ne va pas prendre à l'endroit où la cire s'est déposée. Le même processus est à l'œuvre en photographie. Comme pour une photo, le résultat va se révéler quand je vais animer la masse. Je rajoute les couleurs après. Il y a tellement de matériaux possibles pour le dessin qui induisent beaucoup d'expériences différentes. Par exemple, je peins aussi à l'acrylique, avec les doigts.

Vous aimez le contact avec la matière.

Il y a un rapport direct de la main au support. L'œil touche le modèle, la main touche le support : un rapport tactile s'installe. Il faut s'amuser. Cela ne veut pas dire que l'on ne va pas dans une direction. On finit toujours par trouver quelque chose qui nous correspond. Quand je suis devant le modèle, j'essaie de passer un bon moment et de me faire plaisir. Après je regarde le résultat, il me plaît ou non. Quand on commence à travailler, il ne faut pas donner trop d'importance au résultat final. C'est ainsi que l'on progresse.

C'est valable pour tous les arts, non ?

Absolument. Le regard très aigu que l'on a quand on est professionnel est forcément différent du regard du néophyte. On se laisse davantage traverser par l'émotion, par la magie de l'œuvre. Tous les gens acquièrent un regard au fur et à mesure. Quand on dit que l'on n'aime pas, c'est soit que l'on est bloqué, soit que l'on n'est pas capable de regarder. La meilleure chose à faire quand on va voir une exposition, c'est de se mettre en immersion totale et de se laisser traverser par ce que l'on voit. C'est à ce moment-là qu'il se passe quelque chose. Il y a une interférence entre le public et l'artiste.

Pour vous, tout le monde peut s'ouvrir à la création ?

Tous les êtres humains sont créatifs. Mais tout le monde n'a peut-être pas envie de s'exprimer de cette manière. Et pour cause : il n'y a pas assez d'enseignement artistique à l'école. Il faut accoucher les enfants de tout ce qu'ils portent en eux : une mémoire, un inconscient, des sentiments différents. Même ceux qui ne savent pas dessiner expriment quelque chose que vous détectez parce que chaque représentation exprime une sensibilité particulière. C'est le développement des sens guidés par l'intelligence de la main. Une pure poésie. La poésie, c'est exprimer ce qui procure de l'émotion avec des mots. Le dessin, la sculpture, la peinture le font avec des lignes, des couleurs, des formes. La musique, avec des notes, des sons. L'art est du ressort de l'émotion. On n'a pas besoin de le comprendre. C'est la raison pour laquelle notre goût est en constante évolution, tout au long de notre vie.

Centre Culturel : 14 ter, rue de l'Hôtel de Ville, 92400 Courbevoie (01 43 33 63 52)

2019

  • FOLIA

Epoustouflant ? bluffant ? Eblouissant ? Impressionnant ? On cherche en vain un qualificatif qui ne soit ni mièvre ni galvaudé pour exprimer l'envoûtement qui saisit le spectateur dès le début de la représentation et ne le lâche pas jusqu'à la fin où une longue ovation debout récompense les danseurs et musiciens de ce spectacle hors normes, imaginé par Mourad Merzouki pour la chorégraphie, Franck-Emmanuel Comte et Grégoire Durrande pour la conception musicale.

Nous ne voyons d'abord que la scène plongée dans une obscurité intersidérale piquetée de millions d'étoiles, tandis que le battement obsédant d'une pulsation ininterrompue (celle du cosmos ? du cœur ?) s'amplifie au fur et à mesure que s'éclaire doucement, sur la droite, une sphère (la terre ? la matrice primordiale ?) d'où sortent dans un difficile mouvement de reptation des corps qui peu à peu se détachent du sol et s'élèvent pour entamer la danse de la vie. Le globe est alors envahi d'une chaude lumière et tourne pour enfin laisser apparaître un guitariste qui accompagne les danseurs dans leur bacchanale primitive ou leurs contorsions hip-hop. Ça virevolte, ça bondit, ça se déhanche sans temps morts. Quelle légèreté et quelle puissance tout à la fois ! Tout est beauté dans ce spectacle, que les lumières de Yoann Tivoli et les décors oniriques portent à leur plus haut degré de perfection.

Eblouissants langages chorégraphiques et artistiques où danses urbaines, contemporaines, classiques et même sacrées (derviche tourneur) sont magnifiquement portées par la musique baroque de Vivaldi, des tarentelles et des chacones, servies par la voix envoûtante de la soprano Heather Newhouse et les instrumentistes du Concert de l'Hostel Dieu. Une énergie galvanisante, un véritable enchantement s'en dégagent, qui persistent longtemps après la fin de la représentation.

"Les rencontres inattendues entre deux univers - a priori que tout oppose - font partie de ma démarche artistique. [...] L'enjeu de cette nouvelle aventure est de surprendre le public et de gommer les stéréotypes !" Pari brillamment réussi !

Tournées de la compagnie Käfig en 2020 :

  • Angoulême : 9 et 10 janvier (Théâtre d'Angoulême - Scène Nationale)
  • Vitré : 19 janvier (Centre Culturel Jacques Duhamel)
  • Cébazat : 18 février (Sémaphore)
  • Pontault-Combault : 13 mars (Les Passerelles)
  • Lagny-sur-Marne : 20 mars (Espace Charles Vanel)
  • Mérignac : 27 et 28 mai (Le Pin Galant)